Vermine stupéfaite, sans foi, sans loi, sans raison ni fin, je m'évadais dans la comédie familiale, tournant, courant, volant d'imposture en imposture. Je fuyais mon corps injustifiable et ses veules confidences ; que la toupie butât sur un obstacle et s'arrêtât, le petit comédien hagard retombait dans la stupeur animale. De bonnes amies dirent à ma mère que j'étais triste, qu'on m'avait surpris à rêver. Ma mère me serra contre elle en riant : « Toi qui es si gai, toujours à chanter ! Et de quoi te plaindrais-tu ? Tu as tout ce que tu veux. » Elle avait raison : un enfant gâté n'est pas triste ; il s'ennuie comme un roi. Comme un chien.
Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d'autres fois – le plus souvent – je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser ; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines ; ces dégoûts s'appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c'est vrai ? »
--------Elle disposa soigneusement un petit bout de carton entre les deux pages et referma ce qu'elle considérait comme un très bon roman. Elle avait cette sensation de malaise comme à chaque lecture de la page 78 à 79 de l'édition Gallimard du livre Les Mots de Jean-Paul Sartre. La jeune femme se leva difficilement de son lit et fouilla dans son bureau à l'autre bout de la chambre afin de trouver son ordinateur portable. Une fois qu'elle mit la main dessus elle l'alluma et se connecta sur msn tout en s'encapuchonnant sous sa grosse couette. Habitude qu'elle avait prise au fil des années et dont elle n'arrivait plus à se débarasser. Dix personnes de connectées, elle fit la moue, déçue par le nombre restreint d'amis en ligne. Une petite sonnerie lui signala qu'on souhaitait engager une conversation avec elle. Elle regarda la fenêtre orange qui venait d'apparaître, une deuxième s'ensuivit.
Romain dit :
Tu dors pas ?
Anna (8) dit :
Non
Romain dit :
J'ai faim, tu m'ammènes quelque chose ?
Anna (8) dit :
30 secondes, j'arrive
--------Elle se leva de nouveau, regarda l'heure et s'étonna lorsqu'elle vit qu'il était plus de deux heures du matin. Anna ouvrit le plus discrètement la porte de sa chambre et sortit à pas feutrés. La cuisine était à l'autre bout de la maison. Sur la pointe des pieds elle traversa le couloir. Elle passa devant plusieurs portes mais ce fut sur la dernière où elle fut la plus prudente. Elle marchait encore moins vite et se mit sur la pointe des pieds. La jeune fille émit un soupir de soulagement quand elle entendit des ronflements sonores de l'autre coté de la cloison. Elle descendait à présent les escaliers et se trouva devant la grande baie vitrée. Elle se figea et jeta un coup d'oeil furtif au monde de dehors, il lui parut si froid, seulement éclairé par les rayons de la lune. Cependant une lumière orange attira son regard, la chambre la plus haute de la maison d'en face était allumée. Les volets n'étaient pas fermés et une grande fenêtre laissait voir un jeune homme. Anna rougit en se surprenant à le détailler de pied en cap. Il lui tournait le dos mais elle devinait les traits de son visage à la fois fins et marqués doux mais forts. Il portait pour tout un boxer mais elle ne vit pas la marque et s'en fichait un peu. Ses yeux remontèrent le long de son dos musclé. Il était grand et fin, ses cheveux tiraient sur un beau brun ténébreux et tombaient soyeusement sur sa nuque. Elle fut étonnée : elle souriait rêveuse. Elle n'avait jamais vu ce garçon avant peut-être était ce parce que c'était encore les vacances. Alors qu'elle se décida enfin à quitter des yeux son voisin, elle ne vit pas que celui-ci s'était retourné, se sentant observé, sans la voir.
--------Une fois revenue de son immense cuisine aménagée américaine avec un roulé au nutella dans chaque main elle fut déçue en voyant toutes les lumières éteintes dans la maison d'en face. Elle remonta les marches nonchalemment mais toujours aussi discrètement. Une fois à l'étage elle poussa la porte d'avant la sienne et surpris son frère son casque sur les oreilles, pianotant son ordinateur. Il ne la remarqua pas tout de suite mais une fois qu'elle s'installa sur son lit, il leva les yeux et sourit. Anna lui offrit son plus beau sourire elle aussi et fut une fois de plus frappée par leurs ressemblances différentes. Ils avaient les même cheveux bruns chocolatés, le même nez fin, la même peau mate caramélisée, le même sourire éclatant. Impossible de douter de leur lien fraternel. Cependant Anna avait les yeux bleux turquoise profonds de sa mère tandis que Romain les avaient verts malicieux, gris froid tout comme son père.
-Je t'ai préparé deux roulés au nutella
-Merci, je croyais que j'allais mourir de faim.
Et en une bouchée la première brioche enroulée sur elle-même disparue. Il attendit avant d'entamer l'autre.
-Comment ça se fait que tu dors pas questionna-t-il
-Et toi ?
-Le sommeil vient pas
-Pareil
Anna se glissa sous les couettes et se colla à son frère. Il poussa son ordinateur et la laissa s'allonger sur son torse. Il caressa ses doux cheveux bouclés d'une main et son épaule de l'autre. Et c'est ainsi qu'elle s'endormit; dans les bras de son frère. Alors que lui avait les yeux fixes et ne pouvait s'empêcher de trembler. Des gouttes de sueurs perlèrent sur son front. Il éteignit la lumière en essayant par la même occasion d'oublier ce manque intense. Il ne dormit pas de la nuit, tôt le matin il se dégagea de l'étreinte de sa soeur, enfila un jogging et un Tee-shirt et partit courir, aussi vite qu'il le pu. Il ne s'arrêta qu'une fois qu'il se sentit mal et rentra tranquillement en marchant jusqu'à chez lui. Trente-cinq kilomètres le séparaient de sa maison.
Vos avis ?
Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d'autres fois – le plus souvent – je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser ; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines ; ces dégoûts s'appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c'est vrai ? »
--------Elle disposa soigneusement un petit bout de carton entre les deux pages et referma ce qu'elle considérait comme un très bon roman. Elle avait cette sensation de malaise comme à chaque lecture de la page 78 à 79 de l'édition Gallimard du livre Les Mots de Jean-Paul Sartre. La jeune femme se leva difficilement de son lit et fouilla dans son bureau à l'autre bout de la chambre afin de trouver son ordinateur portable. Une fois qu'elle mit la main dessus elle l'alluma et se connecta sur msn tout en s'encapuchonnant sous sa grosse couette. Habitude qu'elle avait prise au fil des années et dont elle n'arrivait plus à se débarasser. Dix personnes de connectées, elle fit la moue, déçue par le nombre restreint d'amis en ligne. Une petite sonnerie lui signala qu'on souhaitait engager une conversation avec elle. Elle regarda la fenêtre orange qui venait d'apparaître, une deuxième s'ensuivit.
Romain dit :
Tu dors pas ?
Anna (8) dit :
Non
Romain dit :
J'ai faim, tu m'ammènes quelque chose ?
Anna (8) dit :
30 secondes, j'arrive
--------Elle se leva de nouveau, regarda l'heure et s'étonna lorsqu'elle vit qu'il était plus de deux heures du matin. Anna ouvrit le plus discrètement la porte de sa chambre et sortit à pas feutrés. La cuisine était à l'autre bout de la maison. Sur la pointe des pieds elle traversa le couloir. Elle passa devant plusieurs portes mais ce fut sur la dernière où elle fut la plus prudente. Elle marchait encore moins vite et se mit sur la pointe des pieds. La jeune fille émit un soupir de soulagement quand elle entendit des ronflements sonores de l'autre coté de la cloison. Elle descendait à présent les escaliers et se trouva devant la grande baie vitrée. Elle se figea et jeta un coup d'oeil furtif au monde de dehors, il lui parut si froid, seulement éclairé par les rayons de la lune. Cependant une lumière orange attira son regard, la chambre la plus haute de la maison d'en face était allumée. Les volets n'étaient pas fermés et une grande fenêtre laissait voir un jeune homme. Anna rougit en se surprenant à le détailler de pied en cap. Il lui tournait le dos mais elle devinait les traits de son visage à la fois fins et marqués doux mais forts. Il portait pour tout un boxer mais elle ne vit pas la marque et s'en fichait un peu. Ses yeux remontèrent le long de son dos musclé. Il était grand et fin, ses cheveux tiraient sur un beau brun ténébreux et tombaient soyeusement sur sa nuque. Elle fut étonnée : elle souriait rêveuse. Elle n'avait jamais vu ce garçon avant peut-être était ce parce que c'était encore les vacances. Alors qu'elle se décida enfin à quitter des yeux son voisin, elle ne vit pas que celui-ci s'était retourné, se sentant observé, sans la voir.
--------Une fois revenue de son immense cuisine aménagée américaine avec un roulé au nutella dans chaque main elle fut déçue en voyant toutes les lumières éteintes dans la maison d'en face. Elle remonta les marches nonchalemment mais toujours aussi discrètement. Une fois à l'étage elle poussa la porte d'avant la sienne et surpris son frère son casque sur les oreilles, pianotant son ordinateur. Il ne la remarqua pas tout de suite mais une fois qu'elle s'installa sur son lit, il leva les yeux et sourit. Anna lui offrit son plus beau sourire elle aussi et fut une fois de plus frappée par leurs ressemblances différentes. Ils avaient les même cheveux bruns chocolatés, le même nez fin, la même peau mate caramélisée, le même sourire éclatant. Impossible de douter de leur lien fraternel. Cependant Anna avait les yeux bleux turquoise profonds de sa mère tandis que Romain les avaient verts malicieux, gris froid tout comme son père.
-Je t'ai préparé deux roulés au nutella
-Merci, je croyais que j'allais mourir de faim.
Et en une bouchée la première brioche enroulée sur elle-même disparue. Il attendit avant d'entamer l'autre.
-Comment ça se fait que tu dors pas questionna-t-il
-Et toi ?
-Le sommeil vient pas
-Pareil
Anna se glissa sous les couettes et se colla à son frère. Il poussa son ordinateur et la laissa s'allonger sur son torse. Il caressa ses doux cheveux bouclés d'une main et son épaule de l'autre. Et c'est ainsi qu'elle s'endormit; dans les bras de son frère. Alors que lui avait les yeux fixes et ne pouvait s'empêcher de trembler. Des gouttes de sueurs perlèrent sur son front. Il éteignit la lumière en essayant par la même occasion d'oublier ce manque intense. Il ne dormit pas de la nuit, tôt le matin il se dégagea de l'étreinte de sa soeur, enfila un jogging et un Tee-shirt et partit courir, aussi vite qu'il le pu. Il ne s'arrêta qu'une fois qu'il se sentit mal et rentra tranquillement en marchant jusqu'à chez lui. Trente-cinq kilomètres le séparaient de sa maison.
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